Une consultation qui vous allait bien a été attribuée le mois dernier, et personne chez vous ne l'a vue passer. Le manque de temps n'y est souvent pour rien. Dans bien des cas, l'annonce n'est jamais arrivée dans une boîte de réception : l'alerte était réglée trop serré, elle ne couvrait pas la plateforme où l'avis a été publié, ou elle attendait un mot que l'acheteur n'a pas employé.
Nouvelle annonce ou dossier modifié : deux alertes différentes
Quand on parle d'alerte sur les marchés publics, on mélange en réalité deux mécanismes.
Le premier signale une publication nouvelle : un avis vient de paraître et correspond à vos critères. C'est la notification que tout le monde a en tête, et c'est elle qui détermine le volume d'opportunités que vous voyez passer.
Le second concerne un dossier que vous suivez déjà, dont l'acheteur a corrigé une pièce, déplacé la date limite ou précisé une exigence. Celui-là dépend moins de votre outil de veille que de la façon dont vous avez retiré le dossier sur le profil acheteur, et c'est souvent lui qu'on néglige. Pourtant, passer à côté d'un rectificatif publié huit jours avant l'échéance peut rendre irrégulière une offre sur laquelle l'équipe travaille depuis trois semaines.
Le périmètre réel d'une alerte BOAMP
Le service d'alerte du BOAMP est gratuit : un compte permet d'enregistrer autant de recherches que vous voulez et d'activer jusqu'à dix alertes simultanées, qui vous envoient par courriel les avis correspondant à vos critères. Ses conditions générales méritent quand même une lecture avant de tout miser dessus, puisque la DILA n'y garantit ni l'exhaustivité des annonces, ni les délais de mise en ligne, ni le bon fonctionnement de l'envoi des courriels.
Surtout, ce que contient le BOAMP dépend des obligations de publicité de l'acheteur, pas de votre secteur. Entre 90 000 euros hors taxes et les seuils européens, un pouvoir adjudicateur publie au BOAMP ou dans un journal d'annonces légales, au choix. Au-dessus des seuils européens, l'avis paraît à la fois au BOAMP et au Journal officiel de l'Union européenne, donc sur TED, qui propose ses propres profils de recherche et ses alertes par courriel. En dessous de 90 000 euros, l'acheteur choisit librement son support, et l'avis peut très bien n'exister que sur son profil acheteur. Plus bas encore, sous 60 000 euros hors taxes pour les fournitures et services et 100 000 euros pour les travaux, il n'a aucune obligation de publicité : une partie des achats publics ne sera jamais annoncée nulle part.
Une entreprise qui ne surveille qu'un canal passe donc à côté d'une partie des consultations sans le savoir, puisqu'une alerte ne signale jamais ce qu'elle n'a pas trouvé.
S'identifier sur la plateforme de l'acheteur
Sur la plupart des profils acheteurs, vous pouvez télécharger le dossier de consultation sans vous identifier. La règle le permet, mais vous y perdez beaucoup. En procédure formalisée, l'acheteur doit répondre aux questions posées en temps utile au plus tard six jours avant la date limite de réception des offres, quatre jours en cas d'urgence (article R. 2132-6 du code de la commande publique), et ces réponses partent aux entreprises qui ont retiré le dossier en s'identifiant. Si votre retrait est anonyme, l'acheteur n'a aucun moyen de vous écrire, et c'est à vous de retourner sur la plateforme régulièrement jusqu'à la date limite.
Même chose pour les modifications de fond. Lorsque des changements importants sont apportés aux documents de la consultation, l'acheteur doit prolonger le délai de réception des offres, et cette prolongation doit être proportionnée à l'importance de la modification (article R. 2151-4). Le Conseil d'État l'a rappelé le 24 mars 2025, dans une affaire où l'acheteur avait modifié le cahier des charges trois semaines avant l'échéance sans repousser la date. Si vous n'êtes pas identifié, vous risquez de découvrir le report, ou la modification elle-même, trop tard pour en tenir compte.
Régler le seuil de déclenchement
Une alerte trop large remplit vite un dossier que plus personne n'ouvre. Le problème inverse est plus sournois, parce qu'une alerte trop étroite ne se remarque pas : on croit simplement que le secteur est calme.
Les codes CPV sont plus fiables que les mots-clés parce qu'ils ne dépendent pas du vocabulaire de l'acheteur, mais ils sont parfois mal renseignés, alors autant garder les deux en parallèle. Pour le périmètre géographique, prévoyez plus large que votre zone habituelle, quitte à trier ensuite : un lot intéressant à une heure de route mérite au moins d'être lu. Et revenez sur vos alertes de temps en temps, en particulier après une consultation ratée, pour vérifier si l'annonce aurait dû les déclencher.
Reste la question de l'organisation. Quand les annonces arrivent déjà regroupées, on n'a plus besoin de maintenir dix alertes sur quatre sites, et la notation des opportunités prend le relais pour décider lesquelles valent une réponse. C'est le principe de l'offre Sourcing et Analyse de Gonao : les appels d'offres de plus de cinquante plateformes publiques réunis au même endroit, vos veilles et vos alertes appliquées dessus, un score de pertinence par annonce et l'analyse du dossier dans le même outil. La méthode d'ensemble est détaillée dans notre guide sur la veille d'appels d'offres.
Questions fréquentes
Les alertes du BOAMP sont-elles payantes ?
Non. La création d'un compte alerte est gratuite, et la consultation des avis sur le site ne demande même pas de compte. Ce qui est payant, côté BOAMP, c'est la publication d'une annonce, donc une dépense d'acheteur public, pas d'entreprise candidate.
Combien d'alertes différentes peut-on créer sur le BOAMP ?
Jusqu'à dix alertes actives par compte. Le nombre de recherches enregistrées, lui, n'est pas limité, ce qui laisse de la place pour tester un paramétrage avant de le transformer en alerte.
Pourquoi ne reçois-je rien alors que des consultations de mon secteur sont publiées ?
Souvent parce que le code CPV retenu par l'acheteur ne fait pas partie de ceux que vous surveillez. Il arrive aussi que le montant estimé du besoin soit inférieur à 90 000 euros hors taxes, seuil à partir duquel un pouvoir adjudicateur doit publier au BOAMP ou dans un journal d'annonces légales (article R. 2131-12) : l'avis n'existe alors parfois que sur le profil acheteur. Une requête qui empile trop de filtres produit le même silence.
Faut-il s'identifier pour télécharger un dossier de consultation ?
Ce n'est pas obligatoire, mais c'est fortement recommandé : sans identification, l'acheteur ne peut pas vous transmettre les réponses aux questions ni les modifications du dossier, et la surveillance de la plateforme reste entièrement à votre charge.
Si vous voulez voir ce que donnent des alertes posées sur un flux déjà réuni en un seul endroit, la section Sourcing et Analyse détaille le fonctionnement des veilles et du score de pertinence.